Vive la Pravda française !
Par Raoul le 24 Jun 2009 | Dans Vu d'en Haut |
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Pourquoi faut-il toujours écouter un discours

Cette fois c'est certain, Le Figaro est bel et bien l'organe de presse officiel du président Sarkozy. Souvenez-vous, vous qui étiez du temps de la guerre froide des spectateurs assidus des romans de John le Carré, et des spectateurs incrédules des annonces venues du froid via l'organe de presse soviétique de l'époque, la Pravda.(Illustration Erik Johansson)
Dans ce journal soviétique fondé en 1912 par les travailleurs puis transformé en 1918 en organe de presse du parti communiste soviétique, nous pouvions par exemple lire des articles en faveur d'un candidat au Kremlin aux dépends d'un autre. La Pravda, aujourd'hui appartenant à des investisseurs grecs, était du temps de la guerre froide réputée en occident pour être un organe de presse typique de désinformation, au profit des apparatchiks au pouvoir.
Ainsi, un journal moderne pourrait être appelé Pravda, si manifestement il prend parti pour un gouvernement en place en dépit de toutes les autres analyses de la sphère journalistique. Dans cette idée, Le Figaro daté du 23 juin 2009 est un modèle du genre. Le discours du président Sarkozy au congrès réuni à Versailles, n'a présenté, selon l'immense majorité des observateurs, aucun intérêt majeur, ni pour le pays en général, ni pour les français en particulier. Pourtant le rédacteur en chef du Figaro semble avoir vu un président tout à fait exceptionnel et visionnaire.
Je vous mets la coupure de presse, faite avec un ciseau virtuel, afin que vous vous rendiez compte. La somme des épithètes favorables s'enchaînent de manière indécente, l'auteur n'hésite pas à parler dans un même registre, de Kennedy et de Chaban-Delmas.
Suite:
Lire un tel éditorial aujourd'hui en France est je crois d'assez mauvais augure. Ce sont sans doute les premiers signaux d'une démocratie malade, en tous cas peu enclin à respecter des citoyens libres. Lorsqu'on entend un président d'assemblée prétendre qu'un discours de 500000 euros est le prix de la démocratie, puis lorsqu'on lit qu'un tel discours "englobe un siècle d'histoire", on panique. Non seulement la démocratie n'a pas besoin de justification, en tous cas certainement pas celle de l'argent, mais en plus qui peut prétendre annoncer aux français en toute honnêteté qu'un homme rivalise avec un siècle d'histoire, au beau milieu d'une crise immonde car totalement indécente, qui finira bien par s'arrêter un jour ou l'autre, comme toute crise, et que cet homme n'avait jamais envisagée puisque son programme initial vieux d'à peine deux ans, prévoyait exactement les mécanismes qu'il condamne aujourd'hui ? Comment croire une seule seconde que notre démocratie va alors aussi bien lorsqu'on s'apprête à entendre d'ici trois ans, un président annoncer de la même manière au congrès, mais sans doute pour un coût plus élevé, que si nous sortons de la crise c'est grâce à lui ? Car d'ici là il n'aura rien fait qui puisse justifier d'une sortie de crise, puisqu'elle est mondiale, financière, et ne dépend nullement des actes politiques, mais simplement d'un état d'esprit humain, de celui des régnants de la finance. La vanité de l'homme n'est sans doute pas maîtrisable par des discours, fussent-ils aussi audacieux comme le prétend notre éditorial.
Ainsi je remarque une nouvelle fois que l'argent sert aujourd'hui de prétexte à n'importe quoi, la démocratie pas moins, la grande braderie de l'état actuel, la chute du service public. Si vous ajoutez à cela l'usage de la désinformation organisée, ce dont le Figaro semble désormais assez correctement maîtriser, vous pouvez aisément sentir les symptômes d'une liberté individuelle tronquée. Pour en revenir à la démocratie, je crois qu'il est sain de la considérer comme partie immuable de l'esprit humain éclairé, et qu'à ce titre, elle se dispense des considérations matérielles, des calculs, des statistiques, des impressions spéculatives de ceux qui ne cherchent finalement qu'à trouver un camouflage à leurs actions critiquables. C'est regrettable qu'il exista encore des hommes mus par tant d'ambition, qu'ils en deviennent aveugles et ridicules.
Je n'ai pas souvenir que la Pravda ait été ridicule, même si je ne lis pas le russe. Elle avait au moins le mérite de proposer régulièrement des textes à double entrée qui pouvaient laisser entrevoir la vérité. Avec Le Figaro, notre avenir en France semble tout tracé. M.Sarkozy prépare le terrain pour sa gloire future, celle qui consistera à faire découvrir aux français, qu'après la pluie il y a le beau temps.
Le discours de M.Sarkozy au congrès de Versailles le 22 juin 2009.
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